L’ici et maintenant : ce que la Gestalt-thérapie entend vraiment par « travailler au présent »

Imaginez. Vous êtes en séance. Vous racontez une dispute qui a eu lieu la semaine dernière. Vous décrivez la scène, les mots, ce que l’autre a dit, ce que vous auriez voulu répondre.

Et le thérapeute vous interrompt doucement : « Et là, maintenant, quand vous me racontez ça – qu’est-ce qui se passe en vous ? »

C’est déroutant, la première fois. On a préparé son récit, on avait des choses à dire, une histoire à dérouler. Et voilà qu’on vous ramène ici. Dans cette pièce. Dans ce corps. Dans cet instant.

Ce geste-là – ce retour au présent – n’est pas un caprice de méthode. C’est le cœur même de la Gestalt-thérapie.

Le présent n’est pas l’oubli du passé

Commençons par ce que l’ici et maintenant n’est pas.

Ce n’est pas une injonction à vivre dans l’instant, comme on l’entend parfois dans les magazines. Ce n’est pas non plus une manière de dire que votre histoire ne compte pas, que votre passé n’a aucune importance, qu’il faudrait tourner la page et « aller de l’avant ».

C’est même tout le contraire.

En Gestalt-thérapie, le passé n’est pas ignoré – il est regardé depuis le présent. Parce que votre passé ne reste pas sagement derrière vous. Il est là, actif, vivant, dans la manière dont vous serrez la mâchoire quand vous parlez de votre père. Dans ce réflexe de vous excuser avant même d’avoir fini votre phrase. Dans cette boule au ventre qui revient chaque dimanche soir.

Le passé ne se raconte pas seulement avec des mots. Il se manifeste dans le corps, dans les gestes, dans les émotions qui surgissent – maintenant. Et c’est là qu’on peut le rencontrer autrement.

Pourquoi le présent ? Parce que c’est là que ça vit

Fritz Perls, l’un des fondateurs de la Gestalt-thérapie, disait quelque chose de très simple : le passé n’existe plus. L’avenir n’existe pas encore. Ce qui existe, c’est cet instant.

Dit comme ça, on pourrait croire à une banalité. Mais arrêtez-vous un instant. Où êtes-vous, là, vraiment ? Pas dans l’idée que vous vous faites de votre lecture – mais dans votre corps. Dans votre souffle. Dans la sensation de vos pieds sur le sol, de votre dos contre la chaise.

La plupart du temps, nous ne sommes pas là. Nous sommes dans la tête – dans le souvenir de ce qui s’est passé, dans l’anticipation de ce qui va suivre, dans le commentaire permanent que nous faisons sur notre propre vie. Nous vivons à côté de nous-mêmes.

L’ici et maintenant, en Gestalt, c’est un retour. Pas un retour en arrière – un retour à soi. À ce qui est là, avant les histoires qu’on se raconte. Avant les explications. Avant les jugements.

Ce que ça change, concrètement, en séance

En séance de Gestalt-thérapie, le présent n’est pas un principe philosophique. C’est un outil – ou plutôt, un terrain.

Quand vous parlez de votre mère et que votre voix change, le thérapeute peut vous le signaler. Non pas pour vous interrompre, mais pour vous inviter à sentir ce qui se passe. « Votre voix vient de baisser. Vous l’avez senti ? » Ce n’est pas une interprétation. C’est une attention à ce qui est là.

Quand vous dites « ça va » mais que vos mains se crispent, ce décalage entre le mot et le geste mérite qu’on s’y arrête. Non pas pour vous contredire – mais pour ouvrir un espace où ce que vous ressentez vraiment puisse exister.

En Gestalt, on s’intéresse au « comment » plutôt qu’au « pourquoi ».

  • Comment parlez-vous de cette situation ?
  • Comment votre corps réagit-il quand vous évoquez cette personne ?
  • Comment évitez-vous le contact – ou comment vous y précipitez-vous ?

Ces questions ne cherchent pas à vous expliquer. Elles cherchent à vous remettre en lien avec ce que vous vivez. Et c’est souvent là que quelque chose commence à bouger.

L’ici et maintenant, c’est aussi la relation

Il y a un aspect de l’ici et maintenant qu’on oublie souvent : la relation thérapeutique elle-même.

En Gestalt-thérapie, ce qui se passe entre vous et le thérapeute fait partie du travail. Si vous n’osez pas dire que quelque chose vous a gêné dans la séance précédente, c’est une information précieuse. Si vous cherchez à plaire, à bien faire, à ne pas déranger – c’est probablement ce que vous faites aussi dans votre vie.

La séance devient un laboratoire. Un espace où vos façons d’être en relation se déploient en temps réel – et où elles peuvent être regardées, ressenties, peut-être transformées. Non pas en changeant de comportement sur commande, mais en prenant conscience de ce qui se joue. En retrouvant du choix là où il n’y avait que de l’automatisme.

C’est cela, l’ici et maintenant : un lieu où la vie se révèle, non pas comme on la raconte, mais comme on la vit.

Revenir à soi, pas à zéro

L’ici et maintenant n’efface rien. Il ne demande pas d’oublier, ni de relativiser, ni de « lâcher prise ». Il propose simplement de regarder ce qui est là – vraiment là – avant de chercher à le corriger.

Et parfois, ce simple geste suffit à tout changer. Parce qu’une émotion qu’on accueille se transforme. Parce qu’un corps qu’on écoute se détend. Parce qu’une parole qu’on ose prononcer ouvre un chemin qu’on ne soupçonnait pas.

L’ici et maintenant, ce n’est pas une destination. C’est un point de départ.

Vous souhaitez expérimenter ?

Je suis Geneviève Baradelle, Gestalt-thérapeute à Lyon 3e. J’accompagne les personnes qui vivent avec une colère qu’elles ne comprennent plus — et qui cherchent un lieu où elles n’auront pas à s’excuser de ressentir.

La première séance est une séance d’orientation. Une heure pour faire connaissance, explorer ce qui vous amène, et sentir si cet espace peut être le vôtre.


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