Le feu doux
Quand l’intensité n’est pas ce qu’il faut éteindre
Etty Hillesum a vingt-sept ans quand elle commence à écrire son journal. Nous sommes en 1941, aux Pays-Bas, sous l’occupation. Le monde autour d’elle se défait. Et pourtant, ce qu’elle écrit ne parle pas d’abord de guerre. Ce qu’elle écrit parle de ce qui vit à l’intérieur. De l’intensité de ses émotions. De ses tempêtes. De cette énergie qui la déborde – et qu’elle apprend, peu à peu, non pas à éteindre, mais à habiter.
Un jour d’août, elle écrit cette phrase :
« Il y a en moi un puits très profond. » Etty Hillesum, Une vie bouleversée
Un puits. Ni un défaut. Ni un trop-plein. Ni un problème à résoudre. Une profondeur – qui contient bien plus que ce qu’on en voit à la surface.
La même source
Dans mon cabinet, je reçois des personnes qui ont un puits très profond, elles aussi. Elles ne le disent pas comme ça. Elles disent : je ressens tout trop fort. Je suis épuisé. Je ne sais pas quoi faire de ce que je porte.
Et la plupart du temps, la demande est la même : comment faire pour que ça s’arrête ?
Mais quelque chose en moi résiste à l’idée de combler le puits. Parce que cette profondeur – cette intensité qui fait souffrir – c’est aussi ce qui rend vivant. La colère et la créativité, le trop-plein et la tendresse, l’angoisse et l’engagement – tout cela vient de la même source. On ne peut pas en couper une partie sans assécher le reste.
Le feu doux
Il y a une différence entre un incendie et un feu doux. L’incendie ravage. Il ne choisit pas ce qu’il brûle. C’est la colère qui explose au mauvais moment, l’émotion qui submerge sans laisser de place pour respirer.
Le feu doux, lui, réchauffe. Il éclaire. Il transforme ce qu’il touche. C’est la même énergie, mais apprivoisée. On ne l’éteint pas – on l’apprivoise.
En Gestalt-thérapie, on ne cherche pas à réduire l’intensité. On cherche à l’élargir. À donner plus d’espace à ce qui brûle, pour que ça ne brûle plus dans un espace trop petit. Le puits est toujours là – mais on apprend à y puiser sans s’y noyer.
Un mot pour l’été
Si quelque chose brûle en vous – une colère, une tristesse, une intensité que vous ne savez plus où mettre – peut-être que ce n’est pas un problème à résoudre. Peut-être que c’est une profondeur à habiter.
Il y a en vous un puits très profond. Et dans ce puits, il n’y a pas ce que vous craignez. Il y a ce qui vous rend vivant.


