Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit
- Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit
Khalil Gibran
Il y a des phrases qui nous attrapent au détour d'une page et ne nous lâchent plus. Celle-ci m'est revenue récemment, en séance, aux côtés d'une personne qui traverse un deuil.
Un de ces deuils qui commencent bien avant la mort — quand la maladie a déjà emporté l'essentiel, quand on a dit adieu cent fois en silence. Comment trouver l'aube quand la nuit a duré si longtemps ?
Dans mon cabinet, j'accueille des personnes qui voudraient aller mieux — vite. Qui voudraient que la douleur cesse, que l'angoisse se taise, que la colère s'apaise. Et je comprends. Qui aime souffrir ?
Pourtant, quelque chose en moi sait — et mon expérience de thérapeute le confirme — que le raccourci n'existe pas. On ne contourne pas la nuit. On la traverse.
La nuit, c'est quoi au juste ?
C'est ce moment où l'on ne voit plus clair. Où les repères habituels ne fonctionnent plus. Où l'on tâtonne, où l'on doute, où l'on a peur. Parfois c'est une crise — une séparation, un deuil, un effondrement. Parfois c'est plus sourd : un malaise diffus, une fatigue qui ne passe pas, le sentiment d'être à côté de sa vie.
La nuit, ce n'est pas l'échec. C'est le passage.
Ce que j'observe en séance
Les personnes qui avancent ne sont pas celles qui évitent leurs zones d'ombre. Ce sont celles qui acceptent d'y descendre, avec une lampe et un peu de compagnie. La thérapie, c'est ça : marcher ensemble dans le noir, le temps qu'il faut, jusqu'à ce que les yeux s'habituent. Jusqu'à ce que quelque chose se révèle.
Et puis un jour, sans qu'on l'ait vu venir, une lueur. Pas forcément un grand soleil triomphant. Plutôt une aube timide. Une évidence douce. Un « ah, c'était donc ça » qui change tout.
Pourquoi je partage cette citation
Parce qu'elle dit quelque chose d'important : l'aube n'est pas donnée. Elle se mérite — non pas par l'effort volontaire, mais par le consentement à traverser. Accepter de ne pas savoir, de ne pas contrôler, de ne pas aller bien pendant un temps.
Ce n'est pas un discours doloriste. Je ne crois pas que souffrir soit nécessaire en soi. Mais je crois que fuir la souffrance nous coûte parfois plus cher que la regarder en face.
Un mot pour ceux qui sont dans la nuit
Si vous lisez ces lignes et que vous êtes dans le noir, sachez ceci : ce n'est pas une impasse. C'est un chemin. Vous ne le voyez pas encore, mais il avance sous vos pieds.
Et l'aube viendra — non pas malgré la nuit, mais grâce à elle.
- Khalil Gibran, Le Prophète
Et moi, dans tout ça ?
Je suis Geneviève Baradelle, psychopraticienne et Gestalt-thérapeute.
J'ai suivi une formation de plusieurs années à l'Institut Français de Gestalt-Thérapie, complétée par une spécialisation en psychopathologie. Je continue moi-même un travail thérapeutique personnel, et ma pratique fait l'objet d'une supervision régulière.
Je ne porte pas le titre officiel de « psychothérapeute » — mais j'accompagne depuis des années des personnes hypersensibles, des tempéraments vifs, des gens qui cherchent un espace où ils n'auront pas à s'expliquer.
Si ces mots résonnent, peut-être que cet espace est fait pour vous.
